Biographie
On a beau se triturer les méninges et interroger nos tympans, on n’a toujours pas trouvé dans quelle catégorie classer “Eléments du Décor”, le premier EP de ces nouveaux venus. Voilà qui va jurer dans notre discothèque bien organisée.
Kaponz & Spinoza ne font rien qu’à être là où on ne les attend pas. D’abord, contrairement à ce que leur nom peut évoquer, ils ne sont même pas un duo, puisque, si on compte bien, il y a quatre membres dans leurs rangs. Dont aucun ne s’appelle Kaponz ou Spinoza, que ce soit bien clair. Leur nom résume juste leur philosophie musicale, l’association improbable de deux pôles, le gangster Kaponz et ses racines rap et Spinoza, le sage, le philosophe préfèrant jongler avec les mots.
La moyenne d’âge, aussi, surprend. On doute qu’à eux quatre, ils totalisent 100 ans et pourtant, les paroles de leurs chansons témoignent de leur maturité, de leur finesse, de leurs incursions dans la poésie sans tomber dans le piège des envolées adolescentes exaltées.
Et puis, il y a l’alchimie réussie entre textes littéraires, très écrits et musique multi-influences qui détonne en France, pays où si l’on aligne trois mots, on doit forcément jouer de la guitare tendance pling-pling. Kaponz & Spinoza appartiennent à la génération éponge, celle qui estime que rap et électro font partie intégrante du paysage sonore et de leur culture perso, a digéré des décennies de rock et dérivés et baigné dans un tel éclectisme musical qu’elle ne s’interdit rien et se fout des frontières entre genres.
Ce qui nous donne… Une ligne mélodique nerveuse tout en basse et batterie rythmant l’histoire d’un homme invisible sur “Elément Du Décor”. Des accents jazzy-rock chaleureux sur “Relax” ou “Tout se gagne et tout se père”. Une intro acoustique fragile, presque hésitante pour un “Exil” dépouillé, minimaliste. Un travail de batterie subtil habillant “Iris”, ballade vibrante d’émotions et de slide. Un rock tendu, urgent soulignant l’histoire de deux tueurs nés version 2009 (“Bonnie Aime Clyde”). Des guitares cuivrées, des beats élastiques, bondissants, une voix sans affect qui interprète, voire raconte, avec élégance des textes littéraires l’air de rien. Un mélange permanent de passion et de mélancolie.
Tant pis aussi pour les fans qui sont à la recherche de détails biographiques croustillants. Le quatuor n’ pas adepte en anecdotes captivantes du style “on s’est rencontrés au lycée et c’était trop cool alors on a répété ensemble et puis on a formé le groupe”. On sait qu’ils ont tous grandi dans la musique, qu’ils jouent ensemble depuis leurs 14 ans, qu’ils ont recruté un des leurs en surfant du côté de MySpace. Qu’ils composent en binôme, mais mettent au point les chansons à huit mains. Qu’ils ont enregistré ce premier EP en une poignée de jours, entre la France et les Etats-Unis. Qu’ils ont déjà le titre du premier album, mais chut, on ne vous le révélera pas.
Ce qui ne nous dit toujours pas dans quelle catégorie les classer. On va peut-être créer une sous-rubrique Kaponz & Spinoza dans notre discothèque après tout…
—ROCK & FOLK—